« Le 24 Novembre, elle sera à tous, mais tous ne l’auront pas ». C’est en ces termes que Sony Europe lançait le slogan marketing annonçant la sortie de sa nouvelle console, la Playstation 2. Nous sommes en Août 2000 et la console est prévu pour un lancement le 24 Novembre de la même année. Succéder à sa grande soeur, la Playstation première du nom, n’est pas une mince affaire, tant son succès à l’échelle mondiale était phénoménal. Le bébé de Ken Kutaragi avait réussi l’immense pari à se loger dans la quasi totalité des foyers, bottant gentiment en touche les deux géants de l’industrie vidéoludique que sont SEGA et NINTENDO. Eux qui régnaient en maître et sans partage dans le domaine depuis une bonne décennie. L’attente autour de la console était très forte et les méthodes employées par Sony pour sa commercialisation en ont surpris plus d’un. Retour sur la sortie mouvementée de la petite dernière de Sony à l’aube du 21ème siècle.

Concurrencée et chahutée par la Nintendo Gamecube et la SEGA Dreamcast en 1999, la Playstation de Sony et son processeur 32 bits ne pouvait rivaliser techniquement avec ses nouvelles copines de rayons arborant fièrement leurs 128 bits de puissance. Avec des graphismes plus étoffés, des couleurs plus clinquantes, une fluidité dans les jeux sans précédent, les machines de Nintendo et Sega étaient largement un cran au dessus sur le plan technique de la console. Sony se devait de réagir et malgré une console Playstation en pleine heure de gloire et avec son catalogue de jeux sans précédent, il fallait trouver un successeur à leur console et vite. La concurrence bouge, il faut alors suivre le mouvement car le consommateur, lui, aime la nouveauté, l’évolution. La machine va alors très vite se mettre en route. La petite soeur de la Playstation est officiellement annoncée lors de l’E3 1999 de Los Angeles sans toutefois préciser les caractéristiques techniques de la machine. Ou du moins, très vaguement. Le Tokyo Game Show de la même année lèvera le voile sur le design et les spécificités techniques de la bête. On nous promet alors une bête de guerre, ouverte sur le online et avec un atout majeur pour le consommateur … l’ajout d’un lecteur DVD intégré. Des arguments solides et une belle gueule, l’héritière de la PS1 pouvait, sans sourciller, voir venir un avenir radieux. Les joueurs n’attendaient plus qu’elle. Suspendant au passage leurs éventuels investissement pour la Gamecube et/ou Dreamcast. Il ne restait plus qu’à attendre gentiment Novembre 2000 en France et commander sa petite console juste avant les fêtes de fin d’année.

Une pénurie marketing volontaire et maîtrisée

Alors que la fin d’année symbolise les achats à-tout-va et les multiples dépenses pour combler de bonheur nos chers mioches, Sony a décidé de prendre tout le monde de court et va prévenir les futurs acquéreurs de la PS2 d’une certaine manière. Si vous voulez la console, il va falloir la réserver auprès de vos revendeurs, car il n’y en aura pas pour tout le monde. Avec une demande initiale estimée à 400000 machines, 80000 consoles prévues pour être vendues en Day One, dont 50000 pré-réservées, pas besoin de vous faire un dessin pour expliquer les ruptures de stock prévisibles à venir le jour de la sortie. Il fallait donc s’armer de patience pour obtenir sa console le jour J. Mais pas que. Pour les retardataires et ceux qui pensaient pouvoir s’approprier l’objet de leurs rêves sans la pré-réservation, il fallait également jouer des épaules. L’une des scènes les plus marquantes et mémorables à ce jour restera la soirée organisée au Virgin Megastore des Champs Elysées à Paris. Une centaine de PS2 étaient disponibles à la vente dès la première minute du jour J, sous un dôme métallique placé au centre du magasin. L’évènement avait rassemblé l’ensemble de la presse écrite et web, la télévision et les radios. Le buzz était international. Sony voulait faire parler de son joyau et faire de la sortie de sa console un évènement planétaire. Le coup marketing était réussi. Le lendemain, les images ont fait la Une des matinales et des journaux télévisés. Impressionnant.

A titre personnel, je faisais partie des retardataires pour réserver ma console. Le seul revendeur de jeux video qui me permettait d’avoir la console, en Day One, m’imposait de prendre la console, avec un jeu et un accessoire. D’où mon pack: console + FIFA 2001 + carte mémoire officielle = 4000 balles soit (soit 600€). Ca fait mal au portefeuille.

 

Une console très difficile à programmer et un line-up pas très convaincant

Si le message marketing était bien passé auprès du consommateur et la convoitise de la console à son comble, il n’en était pas de même de l’autre côté de la barrière. Les développeurs de jeux sont unanimes: programmer des jeux sur PS2 est un calvaire sans nom. Avoir des jeux digne de la console dès la sortie? Il fallait passer son tour. Une quinzaine de titres étaient dispo au lancement. Dynasty Warriors 2, Ridge Racer V, FIFA 2001, Tekken Tag Tournament, SSX, pour ne citer que les plus potables. A noter également qu’un jeu de feux d’artifices, Fantavision, était également dispo à 400 balles à la sortie. 400 balles jetés en l’air, c’est le cas de le dire… Vous en rêviez? La question méritait alors d’être posée: pourquoi investir autant dans une nouvelle console alors que la Dreamcast et la Gamecube faisait beaucoup mieux d’un point de vue technique et avaient déjà une bonne longueur d’avance sur le catalogue de jeux proposés, mais aussi et surtout avec des prix beaucoup plus intéressants que ceux de la PS2. Certes, la présence d’un lecteur DVD, était un très bon argument alors que les lecteurs de l’époque coutaient quasiment aussi cher que la dernière console de Sony. Mais qu’en était-il des jeux? Là aussi il faudra prendre son mal en patience. Il faudra une bonne année pour voir défiler les premiers bon jeux et les blockbusters avec Silent Hill 2,  Metal Gear Solid 2: Sons of Liberty etc. La machine à licences sur support PS2 allait faire le reste les années qui suivirent. La plupart des gros développeurs ayant maitrisé la bête après un certain temps d’adaptation. Avec un catalogue fort de 8000 jeux sortis, la PS2 pouvait se targuer d’avoir la plus grande ludothèque disponible à ce jour, ni plus ni moins. Quant aux ventes de la console … 157 millions d’unités écoulées à ce jour. Pas vu mieux à ce jour. Un véritable carton en terme de ventes de machines et de jeux.

Si au départ, la sortie de la Playstation 2 était plus vue comme un simple écran de fumée marketing pour contrer précipitamment la concurrence, de par sa stratégie marketing douteuse et ses nombreux couacs au lancement de la console au Japon en Mars 2000 (problèmes de surchauffe récurrent en raison de son architecture hardware non adaptée et problème avec le lecteur DVD notamment), son évolution au fil des années est un véritable succès.  Est-ce une véritable surprise? Pas vraiment car on est tout simplement dans la continuité du succès de la première Playstation. Les développeurs et les éditeurs étaient nombreux et assuraient la longévité de la console au fil du temps en fournissant des jeux de qualité. La puissance de communication de Sony dans le domaine commercial n’est bien sûr plus à prouver et il le fallait bien pour séduire ces millions de joueurs. La marque Playstation entrait définitivement dans la cour des grands et on voit clairement où cela les a menés aujourd’hui, 17 ans après. 

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