Parmi la pléthore de jeux qu’il m’ait été donné de jouer au cours de ma vie, si je devais en retenir qu’un, ce serait Shenmue sans aucune hésitation. L’oeuvre originale de Yu Suzuki, au même titre que les sagas Zelda, Final Fantasy et autres Metal Gear Solid, est à classer au panthéon des titres qui ont su marquer une génération de joueurs. Faire un bon jeu, n’est déjà pas une chose aisée. En faire un titre d’exception relève du miracle. Savamment orchestré par le papa de Hang-On, Out Run et Virtua Fighter, Shenmue représente à lui tout seul la vitrine technologique de la SEGA Dreamcast et montre fièrement au monde entier ce que la console a dans ses tripes. Avec 3 GDs Roms pleins à craquer et un autre « Shenmue passport » censé contenir tous les bonus du jeu récoltés pendant votre parcours, le jeu aura de quoi satisfaire les joueurs les plus avides en matière de durée de vie. Mais pas que … Car comme vous le verrez par la suite, cette nouvelle licence de SEGA est vraiment un jeu à part entière. 

What’s SHENMUE?

« Il viendra d’une lointaine terre de l’Est en traversant la mer. Un jeune homme qui n’a pas encore connu son potentiel. Ce potentiel est un pouvoir qui pourrait soit le détruire, soit réaliser sa volonté. Son courage déterminera son destin, le chemin qu’il doit parcourir, plein d’adversité, j’attends en priant. Pour ce destin prédéterminé depuis les temps anciens. Une nuit noire se déroule avec l’étoile du matin comme seule lumière. Et ainsi la saga … commence … ». C’est par une magnifique cinématique accompagnée d’une douce musique traditionnelle chinoise et ces quelques mots prononcés par un mystérieux personnage que commence la saga Shenmue. On peut parler ici de « saga » car le jeu a été prévu dès le départ pour déballer tout son scénario sur pas moins de 16 chapitres. Shenmue, premier du nom, n’étant ici que le premier chapitre de la saga. Le jeu est ambitieux et colossal, tout comme son budget de développement avec une enveloppe de 80 millions de dollars prévue pour ce premier chapitre. Une somme astronomique pour cette époque. Un véritable blockbuster en préparation. SEGA avait effectivement beaucoup misé sur la nouvelle licence de Yu Suzuki pour contrer les blockbusters des autres concurrents comme Zelda Ocarina of Time ou autre Final Fantasy VII qui faisaient office de porte étendard pour chacune des consoles les plus en vue avant la fin du millénaire. Derrière ce projet, il y’a la team AM2 et surtout un homme: Yu Suzuki qui est sans aucun doute l’un des créateurs les plus talentueux et l’une des pierres angulaires du jeu vidéo depuis sa création, au même titre que Shigeru Miyamoto, le papa de Zelda. Je ne mâche pas mes mots. Le créateur a eu ici carte blanche pour le développement de son jeu qui va se révéler être une véritable expérience personnelle et sentimentale.

Vous incarnez ici le rôle de Ryo Hazuki, jeune étudiant de 18 ans, qui mène une petite vie tranquille dans la bourgade de Yokozuka au Japon. L’action se déroule en Novembre 1986. Le 29 Novembre 1986 pour être plus précis. Le ciel est sombre et nuageux, le tout accompagné des premiers flocons de neige de la saison. Au pas de course, Ryo rentre chez lui, comme chaque soir et découvre à l’entrée de sa résidence quelque chose d’inhabituel. Une grosse voiture noire y est garée, la plaque d’entrée du domaine brisée et la porte entrouverte. Intrigué, le jeune homme se précipite à l’intérieur et découvre Ine-San, sa nourrice à terre et dans un piteux état. Celle ci-lui révélera que son père, Iwao Hazuki, se trouvant dans le dojo est lui également en mauvaise posture. En se dirigeant prudemment vers le dojo, le jeune disciple Fuku-San, accueilli par la famille Hazuki se fait littéralement éjecter par la porte d’entrée avec un vol plané de plusieurs mètres. Des hommes, tout de noir vêtus semblent y tenir la garde, lorsqu’un mystérieux personnage arborant une tenue traditionnelle chinoise du plus bel effet semble tenir tête à son paternel. Le vil personnage, Lan Di, semble réclamer un certain miroir qu’Iwao refuse de lui céder. Il s’en suivra un combat qui sera fatal pour ce dernier. Faisant mine d’intervenir, Ryo se fit mettre au tapis d’un coup sec et pris en otage par son agresseur. Le menaçant de mort, son père décide alors de réveler la position de ce fameux miroir pour éviter une issue dramatique à sa progéniture. Malgré cela et dans un dernier effort pour essayer de vaincre son ennemi, Iwao Hazuki reçu en contre une dernière attaque, mortelle, cette fois-ci. Paniqué et sous le choc, Ryo vit son père s’éteindre dans ses bras et se jure de retrouver Lan Di pour venger sa mort. Qui sont ses sombres assassins? Que recherchaient-ils exactement? A quoi sert ce miroir du Dragon, dérobé par ses agresseurs? Pourquoi Fuku San est-il aussi mou? C’est ici que votre aventure commence.

 

Le jeu mêlera un côté action et investigation où Ryo devra récolter un maximum d’informations et d’indices pour avancer dans ses recherches. Il devra également rivaliser avec des adversaires plus ou moins coriaces tout au long de l’aventure. Si Ryo veut tenir tête et espérer un jour vaincre Lan Di, il devra élever son niveau et développer ses techniques de combat. Car l’intro du jeu est particulièrement révélatrice du faible niveau et de l’écart abyssal qui sépare notre jeune et inexpérimenté héros et cette brute à la technique dévastatrice. Et pour cela, rien de mieux que l’entrainement et l’apprentissage des techniques ancestrales pour s’améliorer. Ryo pourra acheter certaines pages de vieux manuscrits sur lesquelles sont décrites des techniques ancestrales d’arts martiaux particulièrement puissantes. Plus la technique est potentiellement dangereuse et efficace, plus chère sera son prix. Certains personnages au cours du jeu lui enseigneront également quelques mouvements pour l’aider à se perfectionner.  Un petit côté RPG donc qui obligera le joueur à  entretenir son personnage et le faire évoluer pour progresser plus rapidement et faciliter les enchainements/combos durant les phases de combat face à ses ennemis. Les combats ou Free Battle Mode, eux, se déroulent dans un espace intégré à l’environnement (hangar, jardin pour enfants, parking etc …) et peuvent opposer Ryo face à plusieurs adversaires en même temps. Ce nombre peut varier de 2 à 70 ennemis en même temps. Ce n’est pas une blague, 70 ennemis qui s’enchainent et vous tombent dessus durant la mythique phase du 70 Mens Battle au cours du jeu. Un moment mythique qui m’a marqué et épuisé mes petites mains fragiles de gamer.

Le Q.T.E ou Quick Time Event

Comme son nom l’indique, Le QTE a été intégré dans le gameplay du jeu pour créer une immersion totale du joueur dans le parcours de Ryo. Le concept consiste à faire appel aux réflexes du joueur durant les cinématiques du jeu, en appuyant sur les bonnes touches au bon moment. Les touches sur lesquelles vous devez appuyer s’afficheront brièvement à l’écran et vous aurez une voire 2 secondes maximum pour interagir avec votre personnage. Ces QTE prendront place lors de courses poursuites, où Ryo devra esquiver des passants, sauter par dessus un trou ou tout simplement arrêter un ballon lui arrivant en pleine face. En cas d’échec dans certains QTE, la cinématique s’arrêtera net et vous devrez recommencer jusqu’à ce que vous réussissiez. L’un des moyens les plus efficaces pour s’entrainer aux QTE est de se rendre au YOU ARCADE à Dobuita et de jouer à la borne d’arcade DTE TITLE. Un excellent moyen pour tester ses réflexes. En revanche, si vous êtes passé maitre dans cet art, ça peut durer un bon moment. Gare à ne pas négliger votre quête principale non plus, gardez un oeil sur votre montre et vos objectifs à remplir dans la petite bourgade de Yokozuka …

Yokozuka de mi vida – découverte des quartiers (Yamanose, Sakuragaoka, Dobuita et les docks du port Amihama)

Prenez un petit village japonais, ses boutiques, son vendeur de poisson, son boucher, son vendeur de légumes, ses bars, sans oublier son restaurant à Ramen et j’en oublie pas mal encore … C’est à peu près ce que vous avez en bas de chez vous, dans votre petit patelin et leur rendre une petite visite en fonction de vos besoins fait partie intégrante de votre train-train quotidien. Hé bien c’est la même chose ici. Car Shenmue est également et avant tout une simulation de vie virtuelle, Yu Suzuki a décidé de vous y plonger en modélisant à la perfection cette petite ville très charmante de Yokozuka. Cette petite ville se décompose en trois parties: Yamanose, Sakuragaoka et Dobuita.

  • Yamanose

C’est le quartier résidentiel où se trouve le dojo Hazuki. Petit coin isolé dans les hauteurs de Yokozuka, le cadre de vie est relativement paisible et agréable. Hormis les résidences aux alentours et le petit parc où vous ferez la connaissance de Megumi au tout début de l’aventure, il n’y a pas grand chose à faire dans le coin. En revanche si vous aimez faire du porte à porte pour vérifier la présence de vos voisins et avoir une fin de non-recevoir à chacune de vos visites, c’est votre choix.

  • Sakuragaoka

En contrebas de Yamanose, Sakuragaoka est la seconde partie du quartier résidentiel de Yokozuka. La superficie de la zone est nettement plus élevée et le nombre de maisons et d’appartements sont de surcroit plus nombreux. Un petit jardin, le « Sakura Park » y est disponible ainsi qu’une charmante petite épicerie à l’ancienne, l’Abe Store. Même si l’offre et le choix des produits y est limitée, on apprécie fortement la présence d’un tel commerce dans le quartier. De plus, la proprio de la boutique est très charismatique. Devant le shop, vous y trouverez des distributeurs à boissons et de gadgets-toys SEGA et génériques. Si votre portefeuille vous le permet et si vous aimez collectionner les petites figurines, c’est le bon endroit pour commencer votre collection. Une cabine téléphonique à pièces et également disponible pour passer des coups de fil de dernière minute et rendre le quartier un peu plus réaliste par la même occasion.

  • Dobuita

Dans la continuité de Sakuragaoka, vous plongerez au coeur de Yokozuka, dans le quartier vivant de Dobuita qui est sûrement la partie la plus intéressante du jeu. Autant dire que vos rétines vont prendre cher car le niveau de détails que vous aurez à l’écran est tout bonnement hallucinant. Nous sommes en 1999, je vous le rappelle. Le quartier fourmille de marchands, boutiques, bars et restaurants typiques au quartier de Dobuita. Entre le poissonnier, le boucher, le vendeur de fringues à la mode, le food-truck à hot-dog de Tom, tout est tellement vrai que ça en parait presque insolent. Un quartier typiquement japonais avec son architecture contemporaine pour son époque et confuse et qui lui est propre. C’est un véritable plaisir de déambuler dans les ruelles de Dobuita juste par plaisir et pour observer toute cette animation qui cogite autour de Ryo.

Ryo Hazuki, un rythme de vie selon vos envies

Le rythme de vie de Ryo dépendra de la façon dont vous allez gérer les différents événements qui se dérouleront au cours de votre aventure. Discipliné, le jeune homme se lèvera systématiquement à 8h30 tous les matins. Vous n’avez pas le choix, c’est comme ça. Pour ce qui est du reste de la journée, vous êtes libre de la gérer plus ou moins efficacement comme bon vous semble. Veillez cependant à ne pas abuser des sorties nocturnes trop tardives sur Dobuita et ses alentours. L’heure à laquelle vous rentrerez à domicile en fin de journée, impactera directement sur l’humeur d’Ine-san qui s’inquiètera plus ou moins si vous rentrez plusieurs fois d’affilée après 23h30. Elle ne manquera pas de vous le rappeler au petit matin, pour vous conseiller d’éviter que cela se renouvelle trop souvent. Même si cela n’a aucun impact direct sur votre quête principale, ce genre de comportement nous invite à respecter une certaine discipline et une hygiène de vie très importante au pays du soleil levant. Vous l’aurez compris, la gestion du temps est primordiale dans le jeu. En ce qui concerne le temps, justement, sachez qu’une journée dans le jeu équivaut à une heure de temps réel. Cela vous laisse une bonne marge de liberté pour flâner dans le quartier, observer les animations des PNJs gérées par le procédé Life Cycle Program qui gère l’IA des persos non jouables de manière dynamique. Avec plus de 300 PNJs au compteur, chacun d’entre eux ont indépendamment leur propre rythme de vie. Fuku-San sort de bon matin et passe une grande partie de ses journées dans le dojo pour s’entrainer. Le matin, Ine-San prend son petit déjeuner dans la chambre, va faire un petit tour en cuisine, puis va faire quelques prières, va relever le courrier et retourne dans sa chambre. Je ne me suis pas amusé à stalker tous les faits et gestes des 300 PNJs, mais il faut avouer que l’idée est sympa et très réaliste dans son ensemble. On se sent réellement plongé dans une simulation de vie virtuelle.

Shenmue et son environnement

Shenmue ne serait pas Shenmue sans son incroyable environnement et tout ce qui gravite autour. Parce que implanter des personnages avec un certain charisme ne suffisait pas, Maitre Suzuki a également ajouté une certaine dynamique à l’environnement du jeu pour peaufiner le réalisme et l’interaction du joueur sur le jeu. Vous n’avez rien compris? Prenez un exemple tout bête: les conditions météorologiques au cours du jeu. Grâce au système Magic Weather, vous pourrez chaque jour avoir des conditions climatiques différentes: ensoleillé, nuageux, pluvieux ou neigeux. Mais le plus intéressant est de voir les conditions météo changer au cours d’une même journée. Passer d’un temps magnifique à une averse est tout à fait possible dans le jeu. Le fait qu’une majeure partie de l’aventure se passe dans le courant du mois de Décembre, vous verrez régulièrement la neige tomber durant vos parties. Une assistance météo est également disponible par téléphone pour les prévisions du jour ou du lendemain. Le système jour/nuit est également présent. Un classique me diriez-vous depuis Zelda OOT. Une baisse notable de la luminosité en fin d’après midi dans les ruelles de Yokozuka ou dans les docks se fait alors ressentir et à 19 heures précise, les réverbères de la ville s’allument pour éclairer la ville. Magique. Vous trouverez également dans les ruelles de Dobuita, une fois la nuit tombée, des hommes titubant et ne tenant pas l’alcool visiblement ou certaines hôtesses vous invitant à passer un petit moment dans l’un des Night-clubs de la ville. Vous l’aurez compris, le temps a une conséquence directe sur le jeu et conforte un peu plus cette sensation de réalisme dans lequel le joueur est plongé. D’ailleurs, en ces périodes de fête de fin d’année, vous croiserez même le père Noël sur Dobuita et dans les docks à l’approche du 25 Décembre. C’est tellement réel que l’on en oublierait presque la quête principale du jeu.

 

Il a F.R.E.E, il a tout compris

Shenmue est le premier jeu sur Dreamcast à utiliser la technologie F.R.E.E. Pas l’opérateur, hein. Mais le Full Reaction Eyes Entertainment. Quezako? Ce système permet au joueur de diriger son personnage vers n’importe quel objet visible au cours du jeu et de pouvoir intéragir avec. Le prendre, l’observer, le retourner sous différents angles. Prenez une lampe de poche, une bougie, un crayon, de la vaisselle, un annuaire ou la SEGA SATURN (si si c’est possible!) et observez les en direct pendant votre partie. Ce système est possible pour tous les objets disponibles sur les tableaux, du plus insignifiant au plus important. Là ou les autres jeux proposaient de voir ses objets uniquement à travers un système d’inventaire avec une image figée et sans vie, dans Shenmue, vous voyez les objets, vous y touchez, comme si c’était naturel de le faire et prévu pour.

Pour finir ce post sur Shenmue, il est également important de souligner le travail qui a été apporté à la bande sonore du jeu. Car si le jeu est exceptionnel en tout point techniquement, sachez que la bande sonore n’est pas en reste. Les musiques de la saga Shenmue ont été composés par Yuzo Koshiro, Takeshi Tanagawa et Ryuji Iushi. Uniquement travaillées à partir d’instruments traditionnels chinois et mixées digitalement pour un rendu plus moderne, celles-ci se révèlent juste exceptionnelles. Même sans avoir joué au jeu depuis plusieurs années, il est facile de se rappeler du thème principal du jeu sans trop réfléchir. Quant à l’ambiance sonore jouée durant les phases de jeu, elles sont très agréables à écouter (toujours avec de l’instru traditionelle) et s’adaptent parfaitement au contexte du jeu. Les thèmes peuvent changer en fonction de l’endroit où vous vous trouvez ou du moment dans lequel vous serez plongé dans le scénario du jeu. Le doublage des voix, que ce soit en japonais ou en anglais, sont très réussies. Gare cependant à avoir un minimum de vocabulaire dans la langue de Shakespeare pour mener à bien la quête de Ryo. Pour ma part, je m’étais lancé dans le jeu en version Jap’ sans rien capter et en y allant un peu à tâtons. Ma progression et ma compréhension du jeu se voyaient fortement ralenties, mais quel kiff !!!!

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