Niché dans un coin du centre-ville entre le vendeur de manga et celui des produits asiatiques (oui c’est mon cas), les magasins indépendants de jeux videos pullulaient jusqu’à une certaine époque un petit peu partout en ville. Simple lieu de distraction pour certains, véritable lieu de culte pour d’autres, on a tous voulu un jour passer de l’autre côté du comptoir et jouer le rôle de ce vendeur de JV et pouvoir vivre de sa passion. C’était mon cas. J’enviais terriblement 

Avouez que vous aussi, vous enviez terriblement ce PNJ qui testait des jeux à longueur de journée en sirotant son petit Cola et en se marrant avec ses potes à la sortie du dernier Final Fantasy sur PS1. Une vision idéaliste du métier … qui révèlera pourtant un envers du décor moins attrayant, jovial et fun qu’il n’y parait. Aveuglés par nos yeux de passionnés et âmes de gamins, vous verrez que le métier n’est pas si convivial et passionnant que ça.

Un vendeur indé, c’est quoi?

C’est le petit gérant du coin qui a décidé d’ouvrir à son compte sa propre boutique de jeux vidéos dans le quartier ou un coin de la ville. Comme toute bonne crèmerie, on y retrouve bien sûr des jeux sur tous supports, mais aussi pour certains, des animes, des DvDs et des goodies (figurines, artbooks, peluches etc) bref la panoplie parfaite pour offrir à sa clientèle tous les besoins nécessaires pour geeker durant des heures tranquillou à la maison.

J’ai découvert ma première boutique indé alors que je jouais encore sur Super Nintendo. Une véritable révolution à titre personnel. Je découvrais pour la première fois le marché de l’occasion. 99 Francs. C’est le prix de certains jeux SNES d’occasion au lieu de 500 Francs. Impensable pour moi qui pensait que le JV n’existait que dans les hyper et certaines boutiques high-tech. La possibilité d’échanger les jeux pour 50 Francs ou alors ramener le jeu et la carte mémoire au vendeur pour me faire passer un niveau sur lequel je bloquais depuis des heures …

C’était ça le côté convivial de ton petit magasin du coin. Une approche sympa et personnalisé, tout en prenant du plaisir. A côté de ça, le vendeur avait bien sûr son petit business à gérer. Les prix des jeux à la vente et à la reprise étaient très intéressants et on pouvait régulièrement renouveler son petit catalogue de jeux perso assez fréquemment. Car le but c’était de fidéliser la clientèle même si le bonhomme en face avait 10-12 ans. J’étais de ceux là. L’attrait pour certaines boutiques étaient plus important que d’autres. Des affinités se tissent et dans certains cas, on devient même ami avec le vendeur. C’est beau hein?

Si certains passaient leur mercredi après-midi à rêvasser ou pratiquer des activités culturelles diverses et variées, je les passais avec mes potes et mes frangins à sillonner la ville et faire toutes les boutiques. Et bis repetita chaque semaine. On ne s’en lassait pas.

Des boutiques originales

WorldGames, PlayerGames, MegaGames, les noms d’enseignes se ressemblent et pourtant toutes ne se ressemblaient pas. De par l’accueil et la passion partagée du personnel, d’une part, mais aussi par la spécialisation de certaines d’entre elles pour un constructeur en particulier. L’une d’entre elles par exemple était spécialisée pour les produits estampillés Nintendo. Les propriétaires étaient membres du Club de Big N et leur boutique était à leur image. Une grande partie de la surface du magasinétait entièrement dédié à cet univers. Ces personnes étaient également incollables dans le domaine. Des fanboys? Oui, on peut appeler ça comme ça, même si je préfère le terme de « passionné », tout simplement.

Le marché de l’occasion

Les jeux video de seconde main ont rendu service à plus d’un joueur sans-le-sou pour profiter des titres plus ou moins récents disponible sur le marché. Il fallait compter 400 Francs (60€) pour un jeu PS1 ou 500 Francs (75€) pour un jeu N64 par exemple pour s’offrir la dernière nouveauté de la mort qui tue. Hormis les fans inconditionnels de la première heure et du fameux « Day-One », les plus fauchés d’entre nous avaient la possibilité de s’armer de patience et d’attendre qu’une âme charitable vienne revendre son dernier jeu pour en profiter à un prix plus raisonnable. L’avantage c’est qu’il était aussi possible de revendre ses vieilleries qui prenaient la poussière dans l’étagère afin de réduire la facture finale. Certains magasins proposaient même de faire du troc, moyennant une somme de 50 Francs (7.5€) pour échanger un jeu de la même valeur selon la boutique. Cette pratique ne s’appliquait en revanche que sur les jeux. Les consoles et autres produits vendus en magasins n’était pas pris en compte pour ce type de transaction. Mais le concept était plutôt cool pour jouer fréquemment à des jeux récents sans forcément se ruiner. Les tarifs pratiqués étaient la plupart du temps très attractifs, d’où la volonté de revenir plusieurs fois pour checker les derniers arrivages et … pourquoi pas acheter un jeu par achat compulsif, non prévu à la base.

Côté finance le joueur s’y retrouve, mais le vendeur aussi. Le marché de l’occasion est la pierre angulaire de son business car c’est là où il pourra se faire le plus de marge. Je n’ai pas inventé cette théorie, loin de là, mais en demandant à certains d’entre eux à l’époque, tous sont catégoriques: les marges sur le marché du neuf sont très faibles voire quasi nulles. La seule façon de survivre est de tout miser sur l’occaz pour faire tourner leurs affaires. D’ailleurs, l’expansion des magasins de JV indé dans les années 90-2000 se justifie par ce business particulièrement florissant.

Mais le coeur des joueurs est aisément corruptible et l’anneau de pouvoir à sa volonté propre. Même si cette expression n’a rien à faire ici, je vous l’accorde, elle servira de transition pour aborder la partie la plus triste de ce sujet. Car après plus d’une décennie, la vague du succès pour ces petites boutiques va s’estomper de manière quasi-brutale.

L’avenir en pointillé ….

Je me souviens avoir posé une question anodine à un gérant dans l’une de mes boutiques préférées après la sortie de la PS3, fin 2006. « Comment voyez-vous votre boutique dans 5 ans? ». La réponse était glaciale: « On ne sera plus là dans 5 ans à ce rythme ». La réponse a de quoi surprendre au départ, mais pas tant que ça. La sortie des consoles de nouvelle génération en 2006, avec l’arrivée de la Playstation 3, vont petit à petit tuer les petits business locaux. Mais ce n’est hélas pas le seul facteur de la disparition de nos boutiques préférées.

La première cause est le développement et la croissance des ventes de jeux dématérialisés. Inexistant il y’a de cela quelques années, l’expansion d’Internet et de l’accès au Haut débit dans les foyers, va permettre à n’importe qui d’obtenir n’importe quoi sans bouger le petit doigt de chez soi. La création des Playstation Store, du marché Xbox Live et du Nintendo eShop, boutiques virtuelles en ligne, y sont pour beaucoup. Pourtant au départ, personne n’y croyait. Rien de tel que le ressenti d’avoir un bon jeu en version physique, sa boite fraichement déballée, l’odeur du neuf en feuilletant sa notice et son cd brillant de mille feux. Et pourtant les chiffres de ventes prouveront tout le contraire. Les jeux démat’ ont pris une part importante du marché du jeu vidéo.

La deuxième cause est la politique très agressive des prix pratiqués sur internet par les géants comme Amazon et consorts. La plupart des jeux sont tarifés 20 à 30% moins cher qu’en boutique dès la sortie. Forcément quand un jeu est vendu 70€ en magasin et que celui-ci est proposé à 50€ sur internet, le choix est vite fait pour le consommateur. Les grandes surfaces, depuis quelques années pratiquent elles aussi des tarifs très agressifs sur les jeux vidéos pour les dernières nouveautés sur consoles next-gen notamment. Même si les tarifs proposés sont de très courte durée (comptez 3 jours environ à partir de la date de sortie), ils constituent pour les grandes surfaces un excellent prix d’appel pour attirer le client. Pour résumer, on vous attire avec un prix très alléchant pour un jeu PS4 pour mieux remplir votre caddie lors de vos courses. Certains revendeurs se retrouvent dans l’obligation de vendre certaines grosses nouveautés (Call of Duty etc) quelques jours à l’avance, brisant l’embargo imposé par les éditeurs, pour les joueurs les plus impatients.

Les prix cassés, les promotions et offres spéciales disponibles toute l’année sur internet ont aussi permis au consommateur de comparer et patienter avant d’acheter. C’est un phénomène général et ne se focalise pas uniquement sur le jeu vidéo. Mais c’est également une des raison qui, malheureusement, tue les boutiques locales à petit feu.

Même si certaines boutiques indé font aujourd’hui toujours de la résistance, contre vents et marées, il est regrettable de voir aujourd’hui comment la quasi totalité de nos petites enseignes préférées ont mis petit à petit la clé sous la porte. Certaines vendeurs s’en sortent malgré tout, comme à Paris, dans le fameux quartier République, où les boutiques locales sont toujours présentes en quantité, avec des politiques de ventes bien différentes et leur survie basé essentiellement sur le marché du … rétrogaming. Mais ça, je vous en parlerai dans un prochain dossier 😉

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